Design System : le socle d’un écosystème digital cohérent et scalable

On est régulièrement amené à déployer de nouvelles interfaces : applications Power Apps pour les équipes commerciales, portails clients sur Dynamics 365, intranets SharePoint personnalisés. Or, chaque interface réinvente au passage ses propres boutons, ses formulaires, sa navigation. Par conséquent, vos utilisateurs se retrouvent à naviguer dans un patchwork numérique incohérent. Suite à quoi, vos développeurs perdent un temps précieux à recréer les mêmes composants encore et encore tandis que votre dette technique d'interface explose.

Pour faire face à ce défi et disposer d’un SI fluide et interconnecté, il va falloir passer par un Design System, le référentiel vivant qui garantit cohérence ET accélération dans votre écosystème digital. Dans la suite de cet article, nous allons voir ce qu’il est, comment il vous aide à déployer des interfaces de qualité et comment le construire dans Microsoft.

Lassaad Attig
Dynamics 365 & Power platform Solution Architect | CEO at Askware | Ex-Microsoft
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Qu'est-ce qu'un Design System et pourquoi en avoir besoin ?

Design System : définition et périmètre

Un Design System est un ensemble de documents évolutifs qui regroupe vos principes de design, vos composants UI réutilisables, vos guidelines d'interaction et le code correspondant. C’est lui qui va guider la conception de toutes les interfaces digitales de votre entreprise.

Là où une charte graphique définit couleurs et logos pour vos supports marketing, le Design System englobe :

  • l'apparence visuelle ;
  • les comportements ;
  • les interactions ;
  • les animations ;
  • les aspects d'accessibilité.

C'est un langage commun que partagent designers, développeurs, product owners et équipes métiers.

Attention, un Design System n’est :

  • Ni un Style Guide qui documente votre identité visuelle de marque (logos, couleurs, typographies) de manière statique, principalement pour les supports print et marketing.
  • Ni une Pattern Library qui, elle, rassemble une collection de composants UI sans nécessairement de principes directeurs ni gouvernance claire, souvent fragmentée car créée de manière opportuniste.

Les bénéfices stratégiques

D’abord, la vélocité de développement augmente drastiquement car les designers gagnent un temps considérable en assemblant des composants pré-conçus plutôt qu'en redesignant chaque élément. De leur côté, les développeurs bénéficient de composants déjà codés, testés et documentés qu'ils importent directement. Quant aux équipes QA, elles valident plus rapidement car les composants ont déjà passé les tests unitaires et d'accessibilité. Cette efficacité permet un focus créatif sur la valeur métier.

Ainsi, nous avons pu constater qu’une nouvelle application Power Apps pour la gestion des congés prend 3 jours de développement avec un Design System contre 15 jours sans.

Ensuite, la cohérence d'expérience s’étend à tous vos points de contact digitaux. En effet, vos utilisateurs reconnaissent instantanément votre entreprise. La charge cognitive diminue radicalement : les patterns d'interaction familiers d'une interface à l'autre permettent de transférer naturellement les apprentissages. Cette reconnaissance crée de la confiance et améliore la qualité perçue de vos services, tant pour vos clients sur des portails externes que pour vos collaborateurs sur des outils internes.

Troisièmement, la scalabilité technique devient plus facile puisque vous maîtrisez votre dette technique d'interface grâce à une architecture modulaire. Le code étant centralisé et mutualisé, un bug corrigé dans un composant est automatiquement corrigé dans toutes les applications qui l'utilisent. L'évolutivité devient simple : vous devez améliorer l'accessibilité pour vous conformer au RGAA ? Au lieu de mettre à jour 50 applications individuellement, vous mettez à jour les 30 composants de votre Design System et toutes les applications héritent automatiquement de ces améliorations.

Qui dit langage commun, dit meilleure collaboration entre équipes. Cette démocratisation atteint notamment son paroxysme avec le citizen development sur Power Platform : vos collaborateurs qui créent leurs propres applications métiers via Power Apps ont désormais accès aux blocs de construction officiels et produisent des applications visuellement cohérentes et professionnelles.

Anatomie d'un Design System : composants et gouvernance

L'architecture en 4 couches : de la philosophie au code

4 composants d'un Design System

Au sommet, les principes de design définissent vos valeurs fondamentales qui guident chaque décision. Par exemple : "Clarté avant tout", "Accessible par défaut", "Guidant mais jamais intrusif". Ces principes doivent être des règles actionnables. Le principe "Guidant mais jamais intrusif" appliqué concrètement à vos formulaires se traduit par des tooltips contextuels plutôt que des messages d'erreur, une validation en temps réel pendant la saisie plutôt qu'à la soumission, des suggestions proactives sans forcer les choix.

Juste en dessous se trouvent les design tokens : des variables de design atomiques qui définissent vos couleurs, typographies, espacements, ombres et transitions. Ici, l'énorme avantage réside dans la propagation automatique : si votre token "color-primary" passe de #0078D4 à une nouvelle nuance de bleu conforme à votre nouvelle charte, les 50 composants qui l'utilisent sont instantanément mis à jour sans toucher au code de chaque composant individuellement.

Viennent ensuite les composants UI : boutons, formulaires, cartes, modales, tableaux. Chaque composant existe avec ses variantes (primary, secondary, outlined) et ses états (normal, hover, active, disabled, loading, error). La documentation vient préciser quand et comment utiliser chaque version, avec des exemples visuels de bonne et mauvaise utilisation.

Enfin, les patterns d'interaction assemblent plusieurs composants pour créer des templates complets répondant à des scénarios métiers fréquents : page d'authentification, dashboard analytique, formulaire multi-étapes, page de recherche. Ces patterns élèvent votre Design System du niveau "brique" au niveau "expérience complète".

Gouvernance : transformer le Design System en produit vivant

Un Design System sans gouvernance meurt rapidement. Il devient obsolète, fragmenté, ignoré. La gouvernance transforme votre Design System d'un livrable ponctuel en produit évolutif de votre entreprise. La gouvernance passe par 4 actions principales :

  • Nommez une équipe propriétaire dédiée du Design System, même petite. Cette équipe Design System pilote l'évolution, maintient la documentation, valide les contributions et évangélise l'adoption. Sans cette responsabilité assignée, le Design System devient l'affaire de personne et se dégrade progressivement.
  • Établissez un processus de contribution clair pour que les équipes puissent proposer de nouveaux composants ou des évolutions. Un processus efficace comporte quatre étapes : proposition via ticket avec justification métier ; revue par l’équipe Design System ; implémentation et tests ; documentation et publication avec numéro de version. Ainsi, seuls les composants vraiment utiles et de qualité intègrent le Design System.
  • Mettez en place un système de versioning rigoureux. Chaque évolution du Design System reçoit un numéro de version (semantic versioning : majeur.mineur.patch). Communiquez clairement les changements via changelog et release notes. Les équipes savent ainsi exactement ce qui change et peuvent planifier leurs mises à jour sans surprise.
  • Mesurez le succès avec des métriques concrètes : taux d'adoption (pourcentage d'applications utilisant le Design System), satisfaction des développeurs et designers (enquêtes régulières), vélocité de développement (temps pour créer une nouvelle interface), nombre de tickets de support liés à l'UI.

Gardez en tête que le Design System a besoin de ressources dédiées à sa maintenance continue. Sans cet investissement, même le meilleur Design System initial s'effrite progressivement face aux besoins émergents et aux évolutions technologiques.

Construire et maintenir un Design System : méthodologie

4 étapes du Design System

Étape 1 - Auditer l'existant et identifier les opportunités

Commencez par un inventaire exhaustif de toutes vos interfaces actuelles : applications web, Power Apps, portails Dynamics 365, sites SharePoint, applications Teams personnalisées. Capturez systématiquement des écrans de chaque interface pour constituer votre "inventaire UI".

Puis, identifiez les incohérences visuelles et techniques qui polluent actuellement votre expérience utilisateur. Combien de variantes de boutons différents ? Combien de styles de formulaires ? Quels patterns de navigation sont utilisés ? Cette analyse révèle souvent des surprises.

Il faudra également penser à cartographier les patterns qui se répètent de manière incohérente à travers votre écosystème. Ces patterns récurrents mais implémentés différemment (systèmes de notifications, formulaires de recherche, tableaux de données) deviennent des candidats prioritaires pour votre Design System.

Enfin, évaluez le coût de la non-cohérence actuelle en termes de temps de développement dupliqué, de complexité de maintenance, de frustration utilisateur et de tickets de support. Un refactoring applicatif bien mené via un Design System évite justement de repartir de zéro.

En somme, cette phase d'audit vous permet de rationaliser l'existant plutôt que d'ajouter encore une couche de complexité.

Étape 2 - Définir les principes et créer les fondations

Définissez 3 à 5 principes de design qui reflètent les valeurs de votre organisation et vos objectifs d'expérience utilisateur, alignés avec votre stratégie business. Ces principes doivent être actionnables, pas des phrases marketing vides. Ils serviront d'arbitrage pour tous vos débats futurs, transformant les discussions subjectives du type "j'aime" ou "j'aime pas" en évaluations objectives : "cette proposition est-elle alignée avec notre principe d'accessibilité ?"

Une fois ces principes établis, créez vos design tokens, les variables atomiques qui constituent le vocabulaire de base de votre langage visuel. Définissez vos couleurs, typographies, espacements, ombres et durées de transition. Ces tokens deviennent vos "atomes" de design dont l'avantage majeur réside dans leur propagation automatique : modifier un token propage le changement partout instantanément.

Puis, développez vos premiers composants de base, en commençant petit. Résistez à la tentation d'être exhaustif immédiatement. Concentrez-vous sur 10 à 15 composants atomiques essentiels : boutons, champs de saisie, labels, icônes, badges. Pour chaque composant, définissez toutes ses variantes et tous ses états (normal, hover, active, focus, disabled, loading, error, success).

Parallèlement à cette création, documentez toutes les guidelines d'usage de chaque composant. Cette documentation précise son usage, ses propriétés configurables, et des exemples visuels de bonne et mauvaise utilisation. Sans cette documentation, vos composants seront mal utilisés ou ignorés.

Étape 3 - Développer composants avancés et patterns métiers

Avec ces solides fondations, vous pouvez maintenant construire des éléments plus complexes qui répondent à des besoins métiers spécifiques.

La priorité consiste à étoffer votre bibliothèque de composants avec des éléments plus sophistiqués comme les tableaux de données, datepickers, modales de confirmation, ou composants de navigation. Ne visez pas l'exhaustivité mais concentrez-vous sur ce qui répond à vos scénarios métiers récurrents.

L'étape suivante consiste à assembler vos composants atomiques en patterns pour scénarios récurrents dans votre organisation. Identifiez les expériences utilisateur qui se répètent : processus d'authentification, dashboards de pilotage avec KPIs, formulaires de saisie, pages de recherche avec filtres avancés, etc.

Pour chaque pattern, créez des templates complets prêts à l'emploi qui combinent plusieurs composants dans une expérience cohérente. Par exemple, votre pattern "Dashboard métier" pourrait inclure : un header avec fil d'ariane et actions contextuelles, des cartes KPI en haut mettant en avant les métriques critiques, des graphiques interactifs avec filtres en dessous, et un tableau de données paginé en bas.

En parallèle de cette construction, conduisez des tests rigoureux d'accessibilité et de performance sur tous vos composants et patterns. Validez la conformité RGAA, testez au clavier uniquement, vérifiez les contrastes de couleurs, testez avec des lecteurs d'écran. Sur le plan performance, mesurez le temps de chargement et optimisez le poids des assets.

Étape 4 - Déployer et établir la gouvernance permanente

Votre Design System est techniquement prêt. Place maintenant au déploiement opérationnel.

Commencez par une application pilote pour tester votre Design System en conditions réelles avant le déploiement généralisé. Choisissez un projet suffisamment représentatif mais pas critique pour l'activité. Cette phase pilote révèle les composants manquants, les guidelines à clarifier, les problèmes d'intégration technique. Collectez systématiquement les retours de l'équipe projet : qu'est-ce qui a bien fonctionné ? Qu'est-ce qui manquait ? Qu'est-ce qui était confus ?

Puis, déployez progressivement sur d'autres applications par vagues successives. Ne cherchez pas à migrer tout votre patrimoine d'un coup. Privilégiez d'abord les nouvelles applications (elles adoptent naturellement le Design System) puis les applications existantes lors de leurs évolutions majeures.

C’est pour soutenir ce déploiement, que vous devrez faire deux choses dont on a déjà parlé : ****mettre en place votre équipe Design System et formaliser votre processus de contribution et de versioning. Établissez un rythme de releases régulier (mensuel ou trimestriel selon votre contexte) avec communication systématique des changements.

Enfin, animez l'amélioration continue en restant à l'écoute des retours utilisateurs, en surveillant les évolutions technologiques (nouveaux frameworks, nouvelles best practices UX), en intégrant les nouvelles réglementations de conformité informatique (accessibilité, RGPD).

Design System dans l'écosystème Microsoft : spécificités et opportunités

Power Platform : encadrer le citizen development avec qualité

Pour les Canvas Apps, créez une Component Library Power Apps qui implémente votre Design System. Power Apps propose cette fonctionnalité nativement : d’abord vous développez vos boutons, formulaires, cartes et autres éléments une seule fois dans cette bibliothèque centrale. Ensuite, toute nouvelle Canvas App pourra importer cette library pour bénéficier immédiatement de tous vos composants standards. Ce faisant, même les citizen developers produisent des applications visuellement cohérentes et professionnelles sans se préoccuper du design.

Pour Power Pages (anciennement Power Apps Portals), utilisez les thèmes personnalisés et le CSS custom pour appliquer votre Design System aux portails. Vous pouvez surcharger les styles par défaut pour adopter vos couleurs, typographies, espacements et composants. Les portails Power Pages deviennent ainsi parfaitement alignés avec votre identité visuelle d'entreprise.

Grâce à ces outils, vos collaborateurs métiers conservent leur autonomie pour créer rapidement des applications répondant à leurs besoins spécifiques, mais ils le font dans un cadre de qualité qui garantit cohérence et professionnalisme. Au lieu de brider l'innovation, vous la canalisez intelligemment.

Dynamics 365 et Microsoft 365 : unifier toute l'expérience digitale

Dans Dynamics 365, vous devez arbitrer entre adopter le design Microsoft natif ou le surcharger avec votre propre Design System. Comme Microsoft investit massivement dans l'interface moderne de Dynamics 365, adopter ce design natif présente des avantages : vous bénéficiez automatiquement des améliorations lors des mises à jour, et vos utilisateurs retrouvent une expérience familière s'ils utilisent d'autres outils Microsoft.

Cependant, pour des raisons de branding, vous pouvez vouloir customiser les formulaires, vues, dashboards et surtout les portails clients via Power Pages. Privilégiez alors les customisations via configuration native quand c'est possible, et réservez le code custom aux éléments vraiment spécifiques. Un cas d'usage typique : un portail client Customer Service complètement rebrandé où navigation, formulaires de ticket et base de connaissance adoptent votre identité visuelle.

Notez que votre Design System peut s'étendre à l'ensemble de Microsoft 365. Pour SharePoint, créez des thèmes personnalisés qui appliquent vos couleurs et typographies à tous vos sites intranet. Dans Teams, vos applications personnalisées (onglets, bots, extensions) reprennent naturellement les composants de votre Design System. Viva Connections vous permet de personnaliser le dashboard d'accueil.

Options de Design System dans Dynamics 365

Au bout du compte, vous proposez une expérience seamless au travers de laquelle vos collaborateurs perçoivent un écosystème unifié. Imaginez un collaborateur qui commence sa journée dans Dynamics 365 Sales pour consulter son pipeline commercial, ouvre ensuite une Power App personnalisée pour saisir ses notes de frais, puis se connecte au portail RH SharePoint pour consulter ses fiches de paie.

Cette cohérence réduit significativement les tickets de support car les utilisateurs transfèrent naturellement leurs apprentissages d'un outil à l'autre. Le Design System devient ainsi le fil rouge de tous les points de contact digitaux de votre entreprise.

Gardez en tête que construire un Design System est un parcours progressif. Commencez petit avec vos composants essentiels, itérez en fonction des retours, étendez progressivement le périmètre. Chaque pas vous rapproche d'un écosystème digital véritablement cohérent et scalable.

Votre écosystème digital mérite-t-il un Design System ? Contactez Askware pour un atelier de cadrage qui évaluera la maturité de votre environnement et identifiera les opportunités de structuration, notamment dans le contexte de vos déploiements Power Platform et Dynamics 365.

Points-clés sur le Design System

Quelle est la différence entre Design System et charte graphique ?

La charte graphique documente votre identité visuelle (logos, couleurs, typographies) pour les supports marketing, de manière statique. Le Design System va beaucoup plus loin : il inclut composants UI codés, règles d'interaction, guidelines d'accessibilité et gouvernance pour construire des interfaces digitales cohérentes et évolutives.

Comment créer un Design System pour son entreprise ?

Auditez d'abord vos interfaces existantes pour identifier les incohérences. Définissez ensuite 3 à 5 principes de design, créez vos design tokens et développez 10 à 15 composants de base. Documentez tout et établissez une gouvernance claire. Lancez-vous avec une application pilote avant d'étendre progressivement. L'important est d'avoir des fondations solides plutôt que de viser l'exhaustivité immédiate.

Design System : le socle d’un écosystème digital cohérent et scalable

Un Design System accélère le développement en éliminant le travail répétitif, garantit une cohérence d'expérience qui facilite l'adoption, réduit la dette technique grâce au code mutualisé, et améliore la collaboration entre designers, développeurs et métiers. Dans Power Platform, il permet même aux non-développeurs de créer des applications de qualité professionnelle.

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