Les limites du low code : jusqu’où aller sans expertise technique ?

Le low code nous fait la promesse de révolutionner le développement d'applications métier. Plus besoin d'attendre des mois qu’on vous livre votre outil puisque vous n’avez qu’à le créer vous-même en quelques jours.

Or, comme la pratique le démontre, la réalité est plus nuancée. En effet le low-code n'élimine pas la complexité, il ne fait que la déplacer : dès que vous touchez à de la logique métier, à des volumes de données conséquents ou à des enjeux de sécurité, les limites de cette approche se font instantanément ressentir.

Dans ce qui suit, nous allons voir ensemble où s'arrête la simplicité propice au low-code et où commence la nécessité d'expertise. Tout ceci au travers de cas d'usage adaptés au low code pur, des signaux d'alerte qui imposent une expertise technique et de stratégies de gouvernance low code.

Lassaad Attig
Dynamics 365 & Power platform Solution Architect | CEO at Askware | Ex-Microsoft
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Low code : comprendre les vraies promesses et les vrais pièges

Ce que le low code change réellement

Le low code consiste à utiliser des interfaces visuelles dans le but de créer des applications, le tout en ayant le moins possible de code à écrire : vous assemblez des composants par glisser-déposer, configurez des règles dans des menus, définissez des workflows graphiquement. Cette approche se distingue du no-code (aucune ligne de code) et du développement classique (tout codé manuellement).

Dans l'écosystème Microsoft, le low-code passe par la suite Power Platform qui comprend notamment :

  • Power Apps pour créer des applications ;
  • Power Automate pour automatiser les processus ;
  • Dataverse comme base de données d'entreprise.

Ainsi, Power Platform n’est pas qu’un simple outil de prototypage mais une plateforme mature avec gouvernance intégrée qui s'appuie sur la sécurité de Microsoft (authentification via Entra ID, contrôle des flux de données, audit intégré).

Utilisé à bon escient, le low code tient ses promesses. La rapidité de développement vient des composants pré-construits et des connecteurs natifs qui évitent des semaines d'intégration. L'autonomisation des métiers permet aux "citizen developers" de créer leurs propres solutions. Cette démocratisation libère les équipes IT pour qu'elles se concentrent sur les projets à forte valeur ajoutée. Par exemple, une application de gestion de notes de frais prend 2 semaines pour une version fonctionnelle avec Power Apps, là où il faudrait plusieurs mois si on la codait entièrement à la main.

Le mythe du "anyone can code" : pourquoi les compétences restent essentielles

Attention toutefois car si dans une certaine mesure, il est vrai qu’à peu près "n'importe qui peut créer des applications d'entreprise sans coder", cela ne veut pas dire que n’importe qui peut créer n’importe quelle application sans coder.

En d’autres termes, une application simple n'est pas nécessairement robuste, sécurisée et scalable. Ce n’est pas parce qu’elle fonctionne pour 5 utilisateurs qu’une application développée en low-code est viable pour 500 utilisateurs avec des données sensibles.

Dès qu’on change de scope, certaines compétences s’avèrent indispensables, parmi lesquelles on peut citer :

  • La logique algorithmique pour structurer correctement vos processus ;
  • l'architecture de données pour modéliser efficacement ;
  • les principes d'UX pour créer des interfaces utilisables ;
  • les bonnes pratiques élémentaires de sécurité : ne pas stocker de secrets en clair, comprendre les permissions, protéger les données sensibles.

Lorsque les utilisateurs métiers développent leurs propres applications, on parle de citizen development ; si ce dernier n’est pas encadré alors vous tombez dans du shadow IT dont les risques peuvent s’illustrer au travers du scénario typique suivant : Une application Power Apps créée pour gérer les demandes de matériel, adoptée par 50 collègues est devenue critique. Or, son créateur quitte l'entreprise et l'application devient alors orpheline. C’est-à-dire que sa logique est enfouie dans des formules sans documentation et personne n'ose plus la modifier.

Le low code baisse la barrière technique mais n'élimine pas le besoin de compétences et de gouvernance.

Identifier précisément quand le low code suffit et quand l'expertise devient indispensable

Les cas d'usage où le low code pur excelle

Le low code fonctionne parfaitement quand la complexité reste maîtrisable. Pensez aux applications de gestion quotidienne : formulaires de saisie, workflows d'approbation, tableaux de bord de suivi. Leur point commun ? Une logique métier relativement linéaire sans calculs sophistiqués ni volumes massifs de données.

Les automatisations simples constituent elles aussi un terrain idéal. Synchroniser des données entre SharePoint et votre CRM, envoyer des notifications quand certaines conditions sont remplies, créer automatiquement des dossiers et des tâches : Power Automate excelle dans ces scénarios grâce à ses centaines de connecteurs.

D’expérience, la limite se situe autour de 50 utilisateurs, environ 100 000 enregistrements et une logique qui tient en quelques dizaines de règles compréhensibles. Au-delà, les signaux d'alerte commencent à apparaître.

Les signaux d'alerte qui imposent une expertise technique

Il en existe trois types :

  • D'abord, les signaux techniques : l'application ralentit progressivement, vous butez sur les limites d'API de Dataverse, vos formules deviennent incompréhensibles même pour vous.
  • Ensuite, les signaux organisationnels : votre petite application département est devenue critique pour 200 personnes, elle manipule maintenant des données financières sensibles et chaque bug provoque un arrêt opérationnel.
  • Enfin, les signaux de maintenance : personne ne comprend plus comment ça marche, chaque modification crée trois nouveaux bugs, la documentation n'existe pas.

Si vous repérez 3 signaux d’alertes ou plus – de n’importe(s) quel(s) type(s) – arrêtez tout et faites appel à un expert en architecture.

6 signaux alertes sur le besoin d'expertise projet low code

L'approche hybride : le juste équilibre

Plutôt que de tout refaire en développement classique, l'approche hybride garde le low code là où il apporte de la valeur. Ainsi, l'interface utilisateur reste en Power Apps pour sa rapidité d'évolution tandis que la logique métier complexe bascule en Azure Functions développées en C#, testables unitairement et performantes.

Prenons l’exemple d’un configurateur produit industriel. Les commerciaux manipulent une interface Power Apps intuitive pour sélectionner les options et visualiser le produit. Mais derrière, un moteur en C# gère les milliers de règles de compatibilité, calcule les prix selon des grilles tarifaires complexes et interroge l'ERP pour les stocks. Le commercial voit de la simplicité mais l'architecture du produit en garantit la robustesse.

Cette approche nécessite une vraie expertise pour vous aider à décider ce qui devrait rester en low code et ce qui devrait basculer en code professionnel. C'est précisément dans ce genre de situation qu'un intégrateur comme Askware apporte sa valeur.

Gouvernance : transformer le low code anarchique en low code stratégique

Le Center of Excellence (CoE) comme pilier de gouvernance

Applications orphelines, shadow IT, duplication d'efforts, sans gouvernance le low-code est source de chaos. Le Center of Excellence résout ce problème en créant un cadre qui libère l'innovation tout en maîtrisant les risques.

Concrètement, le CoE est une petite équipe transverse qui définit les règles du jeu : qui peut créer quoi, avec quels outils, selon quel processus d'approbation. Mais ce n’est pas tout :

  • Elle maintient une bibliothèque de composants réutilisables pour éviter que quiconque n’ait à tenter de réinventer la roue.
  • Elle forme les citizen developers aux bonnes pratiques.
  • Elle revoit les applications créées pour détecter les problèmes avant qu'ils n'explosent en production.

Microsoft fournit le CoE Starter Kit avec des dashboards qui donnent immédiatement de la visibilité : combien d'apps existent, lesquelles sont utilisées, lesquelles sont orphelines. Les organisations qui déploient un CoE constatent une réduction significative des applications orphelines et une amélioration notable de la réutilisation de composants.

Structure du center of excellence power platform

Former et encadrer les citizen developers

Un citizen developer motivé mais non formé aura tendance à créer des applications qui fonctionnent en apparence mais cachent de véritables bombes à retardement (qu’il faudra réparer plusieurs mois plus tard). Attention, former ne veut pas dire montrer à un collaborateur où cliquer dans Power Apps. Former c’est donner tous les détails sur :

  • l'architecture de données (comment modéliser proprement) ;
  • l'UX ;
  • la sécurité ;
  • la documentation.

Une formation efficace combine certification Microsoft (PL-900 pour les fondamentaux, PL-100 pour un niveau plus avancé), mentorat par un développeur expérimenté pendant les premiers projets et revue de code systématique avant passage en production.

Politique de gouvernance : libérer l'innovation sans créer le chaos

Comme évoqué précédemment, une bonne gouvernance cherche avant tout à encadrer sans entraver l’innovation. Pour ce faire, c’est grâce aux politiques DLP que vous empêchez les fuites de données accidentelles en bloquant certaines combinaisons de connecteurs risquées (pas de copie automatique du CRM vers Dropbox personnel). De même, en séparant les environnements de développement, vous laissez libre cours à l'expérimentation en sandbox tout en protégeant la production.

Par ailleurs, afin d’éviter à la fois l’écueil du laxisme et celui de la bureaucratie, proportionnez vos processus d'approbation aux enjeux :

  • Application personnelle ? Auto-approuvée.
  • Application départementale ? Revue légère du CoE.
  • Application critique ? Architecture complète validée par l'IT.

Power Platform : l'écosystème low code extensible de Microsoft

Power Apps et Power Automate : création et automatisation

En tant que plateforme d’entreprise mature, Power Apps propose deux approches : les Canvas Apps offrent une liberté totale de design pour des interfaces sur-mesure, tandis que les Model-Driven Apps s'appuient sur votre modèle de données Dataverse pour générer automatiquement des interfaces de gestion. L'intégration native avec Microsoft 365, Dynamics 365 et Azure fonctionne sans configuration complexe.

De son côté, Power Automate orchestre les automatisations avec plusieurs centaines de connecteurs. Grâce à cet outil, les workflows peuvent être sophistiqués : conditions, boucles, gestion d'erreurs, branches parallèles. Ainsi, quand une opportunité est créée dans Dynamics 365, Power Automate crée le dossier SharePoint structuré, notifie l'équipe sur Teams, génère les tâches de suivi et envoie l'email au prospect.

Notez cependant que pour des volumes très importants ou des orchestrations d'intégration complexes, Azure Logic Apps sera plus appropriée que Power Automate.

Extensibilité : quand le low code ne suffit pas, étendre avec du code

Écosystème extensible Power Platform

Power Platform échappe au piège de l'enfermement grâce à son extensibilité. Besoin d'un composant visuel sophistiqué inexistant ? Développez-le en TypeScript comme PCF Control (composants visuels personnalisés) et intégrez-le par glisser-déposer. Logique métier trop complexe ? Créez un plugin Dataverse (code métier exécuté côté serveur) en C#. Système interne sans connecteur ? Créez votre connecteur custom.

Et surtout, Power Platform s'intègre profondément avec Azure. Vos applications appellent Azure Functions pour les calculs complexes, Azure Cognitive Services pour l'IA, Azure API Management pour les intégrations d'entreprise.

Vous commencez en low code pur pour livrer vite. Puis vous étendez progressivement avec du code custom quand les besoins le justifient. De cette façon, l'investissement initial n'est jamais perdu.

Le low code est un outil puissant qui nécessite expertise et gouvernance pour délivrer sa pleine valeur. Les décideurs IT qui réussissent identifient clairement les cas d'usage appropriés, mettent en place la gouvernance via un CoE, forment leurs citizen developers, et adoptent des approches hybrides quand nécessaire.

Askware accompagne les organisations dans l’intégration des pratiques low-code en combinant expertise technique de l'écosystème Microsoft et compréhension des enjeux métier. Contactez-nous pour un diagnostic de vos besoins et découvrez comment Power Platform peut accélérer votre transformation digitale.

Points-clés sur le low code

Quelle est la différence entre low code et no-code ?

Le no-code vise vraiment le zéro ligne de code avec des interfaces ultra-simplifiées pour automatisations basiques. Le low code réduit considérablement la quantité de code mais permet d'ajouter du code custom quand nécessaire. Power Platform est du low code : vous créez beaucoup sans coder, mais vous pouvez aussi écrire des formules complexes ou intégrer du TypeScript et du C#. Cette flexibilité fait la différence entre un outil pour automatisations personnelles et une vraie plateforme d'entreprise.

Peut-on créer des applications d'entreprise sérieuses en low code ?

Absolument, des milliers d'organisations utilisent Power Platform pour des applications critiques. Pour une application de gestion de processus métier avec quelques centaines d'utilisateurs et de la logique relativement classique, le low code excelle. Pour un système de trading haute fréquence ou un moteur de calcul ultra-performant, vous atteindrez les limites. L'approche hybride devient alors votre meilleure option : interface en low code pour l'agilité, moteur critique en code professionnel pour la performance.

Les limites du low code : jusqu’où aller sans expertise technique ?

La solution combine transparence (visibilité complète via dashboards CoE), gouvernance proportionnée (environnements séparés, DLP, approbations adaptées) et accompagnement (formation, support actif). Un low code gouverné avec un CoE actif est infiniment préférable au développement sauvage dans Excel, Access ou des outils SaaS non maîtrisés.

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