DSI et directions métiers : comment mieux collaborer pour accélérer la transformation ?

Selon plusieurs études Gartner, les DSI estiment que les demandes métiers ignorent les réalités techniques, tandis que les directions métiers perçoivent le SI comme un frein à l'innovation. Ce dialogue de sourds coûte cher : projets qui échouent, budgets qui explosent, opportunités manquées. Et pendant ce temps, vos concurrents avancent.

Cet article vous montre comment transformer cette relation dysfonctionnelle entre DSI et directions métiers en véritable partenariat stratégique. Vous découvrirez les mécanismes profonds qui créent ces frictions, puis une méthodologie concrète pour construire une collaboration efficace. Avec des exemples tirés du terrain et un focus sur l'écosystème Microsoft comme facilitateur de dialogue, vous repartirez avec une feuille de route actionnelle pour aligner enfin IT et métier.

Lassaad Attig
Dynamics 365 & Power platform Solution Architect | CEO at Askware | Ex-Microsoft
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Pourquoi la collaboration DSI/métiers reste-t-elle si difficile ?

Des référentiels professionnels incompatibles

Votre DSI raisonne en stabilité, sécurité et gestion des risques. Elle pense dette technique, architecture scalable, conformité ; le tout sur le long terme, car une décision technique aujourd'hui engage l'entreprise pour des années.

Quant à vos directions métiers, elles raisonnent en opportunités, innovation et time-to-market. Elles pensent expérience client, part de marché, chiffre d'affaires. Leur horizon ? Le trimestre en cours, car la pression commerciale ne leur laisse pas le choix.

Ainsi, sur le terrain, la DSI va prioriser le maintien en condition opérationnelle, les mises à jour de sécurité, la réduction de la dette technique tandis que les métiers vont prioriser les nouveaux outils, les fonctionnalités qui font la différence face à la concurrence, l'innovation visible. En bref, un affrontement sur les priorités de développement.

Cette problématique se trouve a fortiori aggravée par la barrière du vocabulaire technique. Par exemple, quand la DSI refuse un projet en évoquant "l'absence d'API REST sur le legacy", les métiers entendent simplement "non". Suite à quoi les budgets IT sont arbitrés sans véritable visibilité sur la valeur métier réelle des projets.

Autrement dit, l'absence de métriques communes d'évaluation fait que chaque camp défend légitimement ses priorités, qui entrent mécaniquement en collision.

Une spirale de défiance installée dans le temps

D'un côté, des projets IT qui n'ont pas tenu leurs promesses : retards chroniques, dépassements de budget, fonctionnalités livrées qui ne correspondent pas aux attentes initiales. Ces déceptions s'accumulent et créent un scepticisme durable.

De l’autre côté, le Shadow IT qui se développe par contournement. Frustrées par les délais perçus comme trop longs, les directions métiers souscrivent directement à des solutions SaaS sans validation IT. Ce contournement crée des risques de sécurité, des silos de données et une fragmentation du système d'information. La DSI durcit alors ses règles de gouvernance, ce qui renforce chez les métiers la perception d'un "bureau du non" qui bloque l'innovation.

C’est un cercle vicieux par lequel chaque déception renforce la méfiance qui rend à son tour la collaboration suivante plus difficile, etc.

Cercle vicieux méfiance DSI et directions métiers

Les principes fondamentaux d'une collaboration réussie

Créer un langage commun centré sur les processus métiers

La collaboration ne s'améliore que par la construction d'un référentiel partagé : les processus métiers. C'est le seul terrain où DSI et métiers peuvent vraiment se rencontrer.

Commencez par cartographier ensemble vos processus métiers actuels et cibles, soit une vraie description de ce qui se passe au quotidien :

  • Comment un lead devient une opportunité puis un client ?
  • Comment une réclamation est traitée ?

Cette cartographie met en évidence les points de friction opérationnels concrets. Vous ne discutez plus de "digitaliser le service client" de manière abstraite, mais de par exemple résoudre le fait que les équipes perdent 40% de leur temps en ressaisies entre 3 systèmes différents. Le problème devient tangible, mesurable, et soudain tout le monde comprend l'enjeu.

Ensuite, traduisez chaque besoin métier en flux de données et en exigences techniques. La direction commerciale veut "mieux piloter son activité" ? Cela signifie techniquement : consolider les données du CRM, du système de facturation et de la plateforme e-commerce, les nettoyer, structurer ces données avec des règles de gestion validées et alimenter Power BI en temps quasi réel.

Dans les faits, la mise en place d’un langage commun pourrait suivre un scénario de ce type : un projet CRM qui démarre par un atelier de mapping du processus commercial. DSI et direction commerciale découvrent ensemble que les commerciaux perdent deux heures par jour en tâches administratives sans valeur ajoutée. Les deux équipes se mettent alors immédiatement d’accord sur la priorité.

Passer d'une logique de projet à une logique de produit

La logique projet classique crée une relation client/fournisseur entre métier et IT. Les métiers rédigent un cahier des charges, la DSI développe pendant des mois. À la livraison, le besoin a souvent évolué et c'est la déception de part et d'autre.

La logique produit change ce paradigme car elle crée une équipe pluridisciplinaire avec un objectif commun : métier, IT et expérience utilisateur travaillent ensemble de bout en bout. Cette approche repose sur la nomination de product owners métiers qui comprennent les contraintes techniques et arbitrent en continu avec la DSI.

Ceci dit, il faut pouvoir maintenir l'engagement de part et d'autre et c’est pour ceci qu’on va recourir à des itérations rapides. C’est-à-dire que plutôt qu'un grand projet de douze mois, vous livrez de la valeur toutes les trois semaines. Les utilisateurs testent, donnent leur retour, et l'équipe ajuste immédiatement.

Instaurer une gouvernance partagée avec des métriques communes

La gouvernance IT/métier doit reposer sur une structure de décision éclairée qui donne autant de poids aux enjeux métiers qu'aux contraintes techniques.

Créez un comité de pilotage mixte IT/métier sur chaque initiative stratégique. Un vrai espace de co-décision où les arbitrages se font collectivement, avec toutes les cartes en main.

Pour y parvenir, définissez ensemble les critères de succès, à la fois métier ET IT. Ainsi, pour un projet CRM, ce n'est pas seulement "augmenter les ventes de 15%", mais aussi "atteindre 80% d'adoption utilisateur" et "maintenir un taux de disponibilité de 99,5%".

Vous l’aurez compris, pour évaluer selon le même langage, il faut donc partager des KPIs :

  • Time-to-market ;
  • Taux d’adoption utilisateurs ;
  • ROI métier ;
  • stabilité technique ;
  • Coût total (TCO - Total Cost of Ownership) des choix métiers à des fins de transparence budgétaire.
3 piliers d'une collaboration réussie

Méthodes concrètes pour transformer la relation

Organiser des ateliers de co-conception réguliers

On ne peut pas bien collaborer à distance ou par emails : il faut que les DSI et directions métiers consacrent une partie de leur temps à travailler ensemble, dans un format structuré.

Le format d'atelier idéal combine ainsi sur une demi-journée à une journée complète :

  • Cartographie des processus ;
  • Identification des irritants ;
  • Priorisation des actions à mener.

Utilisez des méthodes visuelles comme le design thinking ou l'event storming. Ces approches ne nécessitent aucune compétence technique particulière car on travaille avec des post-its, des schémas, des dessins.

L'important ? Impliquer des profils techniques ET métiers dès les phases amont. Ne commencez pas par un cahier des charges rédigé en vase clos, mais par une co-construction de la solution.

De même, instaurez un rythme régulier : ateliers trimestriels de revue de la roadmap digitale, sessions mensuelles de priorisation.

Scénario typique d’un atelier de co-conception : un atelier de design sprint de deux jours entre DSI et direction supply chain pour repenser la gestion des stocks. L'équipe prototype une solution Power Apps en temps réel pendant l'atelier et repart avec un prototype fonctionnel (MVP) à tester sous quinze jours.

Nommer des "traducteurs" : les Business Relationship Managers

La collaboration part forcément de personnes occupant des rôles dédiés et investissant du temps dans la relation entre IT et métier : les Business Relationship Manager (BRM).

Le BRM est un profil hybride : compétence IT solide + compréhension business approfondie. Sa mission consistera à traduire les besoins métiers en exigences techniques, et vice-versa. Quand la direction marketing dit "on veut améliorer l'expérience client", le BRM traduit : "il faut unifier les données CRM, e-commerce et service client sur Dynamics 365, créer une vue client 360, et automatiser la personnalisation via Power Automate".

Ce rôle peut être porté par des consultants seniors Dynamics et Power Platform qui parlent déjà les deux langues. Exemple : un BRM dédié à la relation DSI/direction marketing participe aux COMEX marketing ET aux COMEX DSI. Il garantit l'alignement permanent, anticipe les incompréhensions, et facilite les arbitrages.

Capitaliser sur des quick wins pour créer la confiance

La confiance se construit petit à petit, au gré des preuves de confiance que DSI et directions métiers s’apportent l’une et l’autre.

Plus concrètement,  priorisez systématiquement les quick wins, à savoir les initiatives qui peuvent être livrées sous 4 à 6 semaines maximum. Pas de grands projets de refonte, que des améliorations ciblées par rapport à un vrai problème métier.

Par exemple : l'automatisation des alertes de rupture de stock via Power Automate connecté au système ERP. Projet livré en 4 semaines, ruptures détectées automatiquement depuis le déploiement, satisfaction immédiate de la direction supply chain qui évite désormais les arrêts de production coûteux.

Communiquez largement sur ces réussites : newsletter interne, présentation en COMEX, témoignages utilisateurs. Vous changez progressivement le narratif interne sur la relation DSI/métier.

L'écosystème Microsoft comme facilitateur de collaboration

Dynamics 365 et Power Platform : un terrain de jeu partagé

Certaines technologies facilitent naturellement la collaboration IT/métier. L'écosystème Microsoft en fait partie, précisément parce qu'il parle aux deux mondes simultanément.

Côté DSI, l'architecture unifiée rassure : Azure pour l'infrastructure cloud, gouvernance centralisée, sécurité enterprise-grade avec Entra ID, conformité aux réglementations.

Côté métiers, les interfaces restent accessibles : Power Apps pour créer des applications sans coder, Power BI pour visualiser les données, Power Automate pour automatiser les processus répétitifs.

Dataverse agit comme référentiel commun de données. C'est le socle qui garantit que tout le monde travaille sur les mêmes informations. Plus de données contradictoires entre le CRM et le système de facturation : une seule source de vérité partagée.

Le low-code et le no-code changent fondamentalement la dynamique de collaboration. Les métiers peuvent prototyper leurs idées et montrer concrètement ce qu'ils ont en tête. La DSI voit immédiatement ce qui est demandé, peut valider la faisabilité technique, et garde la main sur la gouvernance et la sécurité.

Exemple : une direction RH prototype une application Power Apps de gestion des entretiens annuels. La DSI intervient sur l'architecture de données dans Dataverse, configure les permissions, garantit la conformité RGPD. En deux sprints, l'application est en production : les RH ont co-construit leur outil, la DSI a garanti la robustesse.

Cette approche crée une culture d'expérimentation plutôt que de cahiers des charges figés. On teste vite, on ajuste en continu, on apprend ensemble.

L'importance d'un intégrateur qui parle les deux langues

Un bon intégrateur apporte une double expertise conseil stratégique et intégration technique. Il comprend vos processus métiers, vos enjeux business, vos contraintes organisationnelles. Et il sait comment l'écosystème Microsoft peut y répondre concrètement.

Sa valeur ajoutée ? La capacité à animer des ateliers mixtes DSI/métier avec une méthodologie éprouvée. Il facilite le dialogue, traduit les langages, aide à prioriser, et guide vers des solutions pragmatiques.

Cette posture de tiers de confiance change tout. Quand Askware intervient sur un projet de refonte CRM, on ne commence pas par parler de Dynamics 365. On commence par des ateliers de cartographie des processus commerciaux avec la direction commerciale ET la DSI. On aboutit à une vision partagée avant de parler technologie.

L'accompagnement sur la durée fait aussi la différence. Un projet de transformation ne s'arrête pas à la mise en production. Il faut accompagner le changement, former les équipes, ajuster les processus. Grâce à un partenaire qui reste présent, on réunit les conditions d'un succès durable.

Feuille de route : par où commencer ?

Diagnostic et charte de collaboration

Vous ne pouvez pas améliorer ce que vous ne mesurez pas. Commencez par un diagnostic lucide de la situation actuelle de votre relation IT/métier.

Menez une enquête de satisfaction croisée :

  • la DSI interroge les directions métiers sur la qualité du service IT ;
  • les métiers interrogent l'IT sur la qualité de leurs demandes.

Identifiez les projets qui se sont bien ou mal passés, et pourquoi puis cartographiez les silos et les zones de friction. L’idéal étant de faire réaliser ce diagnostic par un tiers externe afin de garantir l'objectivité et de libérer la parole.

Sur la base de ce diagnostic, co-construisez une charte de collaboration IT/métier. Cette charte formalise les engagements réciproques : les métiers s'engagent à mobiliser des key users, à documenter clairement leurs besoins. La DSI, elle, s'engage sur des délais de réponse, sur une transparence budgétaire, sur une présence dans les comités métiers stratégiques.

En outre, la charte définit un processus de priorisation partagé avec des critères d'évaluation communs. Elle établit les règles de gouvernance des projets : composition des comités de pilotage, rythme des revues, métriques de suivi.

Exemple concret : une charte qui stipule que tout projet supérieur à 50 000 euros fait l'objet d'un atelier de cadrage mixte IT/métier de deux jours avant lancement.

Expérimenter puis ancrer dans la durée

La charte est formalisée ? Parfait. Maintenant, il faut la tester sur le terrain. Choisissez un projet pilote stratégique mais délimité dans le temps : 3 à 6 mois maximum, fort impact business, équipe dédiée.

Ce projet pilote doit appliquer rigoureusement tous les principes définis : ateliers de co-conception, équipe mixte IT/métier, product owner métier, sprints courts, gouvernance partagée.

Célébrez et communiquez sur ce succès puis ancrez la collaboration dans la durée en l'institutionnalisant. Créez des rituels récurrents : COMEX digitaux mensuels mixtes IT/métier, revues trimestrielles de la qualité de collaboration.

En dernier lieu :

  • Formez vos équipes aux méthodes collaboratives : design thinking, facilitation d'ateliers, gestion de produit ;
  • Intégrez la qualité de collaboration dans les objectifs individuels ;
  • Maintenez une veille sur les irritants émergents pour les traiter rapidement.
Roadmap collaborative DSI/métiers

En somme, la vraie question n'est plus "comment transformer digitalement mon entreprise ?" mais "comment créer les conditions pour que IT et métier transforment ensemble, dans une dynamique de co-construction plutôt que d'opposition ?". C'est ce changement de posture qui débride l'innovation et accélère concrètement vos projets.

Votre relation DSI/métier génère-t-elle de la valeur ou de la friction ? Contactez Askware et découvrez comment transformer cette relation en véritable levier de transformation.

Points-clés sur la collaboration DSI-métiers

Comment améliorer la relation entre DSI et directions métiers ?

Commencez petit mais commencez vite. Organisez un atelier d'une demi-journée où DSI et une direction métier cartographient ensemble un processus critique et identifient les trois irritants principaux. Puis réglez-en un sous quatre semaines. Ce premier succès tangible vaut mieux que six mois de réunions théoriques sur "l'amélioration de la communication". La confiance se construit sur des preuves concrètes, pas sur des PowerPoint. Une fois ce quick win en poche, vous pouvez élargir progressivement la démarche à d'autres périmètres.

Quel est le rôle du DSI dans la transformation digitale ?

Le DSI moderne n'est plus seulement un garant de la stabilité technique, c'est un architecte de la transformation qui traduit les ambitions business en réalité technologique. Son vrai rôle ? Orchestrer la rencontre entre opportunités métier et possibilités techniques, tout en garantissant sécurité, performance et conformité. Il doit passer autant de temps dans les COMEX métiers qu'avec ses équipes IT, parler le langage business aussi couramment que le langage technique, et mesurer son succès en impact business plutôt qu'en KPIs purement IT.

DSI et directions métiers : comment mieux collaborer pour accélérer la transformation ?

Ne combattez pas le Shadow IT frontalement, comprenez ce qu'il révèle : une insatisfaction légitime face à des processus IT perçus comme trop lents ou rigides. La vraie solution ? Offrir une alternative plus rapide et tout aussi simple que les outils SaaS non contrôlés. Power Platform joue exactement ce rôle : vos métiers peuvent créer leurs propres applications et automatisations rapidement, mais dans un cadre gouverné par la DSI qui garantit sécurité et conformité. Vous canalisez l'énergie d'innovation au lieu de la brider.

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